diffusion originale : du 3 avril au 26 juin 2010
nb d'épisodes : 13 répartis en dix aventures
DVD :
> en VO, coffret The Complete Series 5
> en VF, coffret Saison 5
Docteur : Matt Smith
Compagnons : Amelia Pond, Rory Williams, River
Song, Nasreen Chaudhry et Vincent van Gogh
BORN AGAIN. Sous la nouvelle impulsion de Steven
Moffat, tout change. Le générique, déjà, qui
s'avère assez sympathique dans ce nouveau remix un
poil plus nerveux que le précédent, l'ambiance
aussi, moins délirante que sous l'ère Davies, mais
aussi et surtout les acteurs. Matt Smith est le
nouveau Docteur, et le fait est qu'en dépit d'une
apparence d'ado attardé en mode Steve Urkel, il
s'impose assez rapidement comme la nouvelle
référence, en passant pourtant juste derrière un
David Tennant mémorable.
Dès la fin de l'épisode introductif,
The Eleventh
Hour, il prend la taille patron alors que
pendant toute la séance, il n'a cessé de faire le
pitre, peut-être un peu trop d'ailleurs (la
séquence où il découvre ses nouveaux goûts est un
peu longue). Dans l'aventure suivante, il se
retrouve confronté à un choix impossible et il
impressionne par sa fureur. Il en va de même
lorsque sa nouvelle compagne est menacée de mort
par les Anges Pleureurs, et le contraste est assez
saisissant entre ces deux facettes extrêmes du
personnage.
C'est qu'en fait, Steven Moffat et les scénaristes
qui travaillent avec lui vont passer le plus clair
de la saison à démontrer que le Docteur n'est non
seulement pas infaillible, mais aussi
potentiellement nuisible. D'entrée de jeu, sa
relation avec la nouvelle passagère du TARDIS est
basée sur une certaine forme de déception, voire
de trahison, et l'épisode
Amy's Choice relate tant d'horreurs
concernant le passé du héros que l'on se demande
quelle est la part de vérité dans toutes ces
affirmations. Un peu plus tard, le héros perd un
autre Companion, et il se montre également
incapable de sauver Vincent van Gogh de sa
dépression.
Tout l'intérêt de ces doutes vis à vis du Docteur,
c'est de mettre en lumière sa relation avec Amy
Pond, sa nouvelle égérie. Amelia, il la rencontre
d'abord sous sa forme de base, celle d'un vilain
petit canard rouquin ambiance Cosette. Elle vit
seule dans une grande baraque bizarre et se montre
adorable avec cet étrange monsieur débraillé
qu'elle adopte très vite, mais qui la laisse
pourtant en plan suite à une malfonction du
TARDIS. Il ne la retrouve que des années plus
tard, et bon sang, ce qu'elle a changé !
Devenue une sacrée bombasse, elle gagne sa vie en
faisant des bisous (!) et même si elle n'a plus
confiance en cet ami imaginaire pourtant bien
réel, elle finit par le suivre dans ses
péripéties, majoritairement pour fuir son mariage
avec le très banal infirmier Rory Williams, un ami
d'enfance dont elle est tombée amoureuse un peu
par défaut. Le fait est qu'elle a encore des
sentiments envers le Docteur, qui ont évolué vers
une certaine attirance manifestée à la fin de
l'épisode
Flesh
and Stone où elle manque de le violer.
Au delà de ça, Amy est une compagne très réactive
voire pro-active, comme l'ont été Rose ou Martha
avant elle, et c'est notamment dans l'épisode
The Beast
Below qu'une forme de respect mutuel
s'installe entre elle et le Doc. Par la suite,
elle fera également montre d'une grande humanité
et d'une sensibilité à fleur de peau, qui rendent
le héros très protecteur envers elle.
Un peu bêta, son fiancé ne manque pourtant pas de
remarquer ce désagréable manège, et il en conçoit
naturellement un peu de jalousie. Plutôt que de se
laisser "voler" la femme de sa vie, dont
il est éperdument amoureux, Rory Williams décide
de l'accompagner dans ses aventures. Du trio,
c'est souvent lui qui tient la chandelle, et pour
le téléspectateur, il fait surtout office de
bouffon du roi, tout à la fois en tant que
personnage ridicule et pour ses critiques envers
son rival.
Pourtant, il est rapidement tué, et même rayé de
la mémoire de sa jolie rouquine. Il devient alors
une source d'interrogation et de tristesse
inexpliquées pour la belle, et se meut en
personnage tragique pour l'audience, jusqu'à son
retour, pas forcément cousu de fil blanc. Le fait
est que sa réapparition en tant que légionnaire
romain est même assez capillotractée, comme du
reste l'intégralité du diptyque qui vient conclure
la saison. C'est, hélas, une marque de fabrique de
Moffat, comme on ne tardera pas à s'en
apercevoir.
Pour être tout à fait exhaustif, d'autres
personnages voyagent à bord du TARDIS cette
saison. River Song, seul personnage de l'ère
Davies à faire son retour, démontre qu'elle en
sait vraiment BEAUCOUP sur le héros. Plus que lui,
même, puisque c'est elle qui nous explique le
bruit que fait la cabine téléphonique quand elle
se matérialise : ce sont les freins, que le Time
Lord oublie tout le temps de desserrer ! Amy pose
du reste la question : est-ce que River est la
femme du Docteur ? La réponse restera en
suspens...
Même si on ne peut pas vraiment les considérer
comme des Companions, Nasreen Chaudhry et sa
petite famille font également un petit tour en
TARDIS dans les épisodes
The Hungry Earth et
Cold Blood, et
il en va de même pour Vincent van Gogh à la fin de
Vincent and the
Doctor. Voilà : cette fois-ci, on n'a
oublié personne.
Et pourtant, des personnages marquants, il y en a
d'autres durant cette saison. On pourra signaler
Winston Churchill, qui fait bosser des Daleks pour
l'armée anglaise dans
Victory of the Daleks (!), ou
encore la signora Calvierri dans
The Vampires of
Venice, interprétée par Helen McCrory,
alias Narcissa Malefoy dans la saga Harry Potter.
Et surtout, comment ne pas citer le conservateur
du musée d'Orsay dans
Vincent and the Doctor, joué par
nul autre que le fabuleux Bill Nighy ? Même
William Hartnell fait un passage, la carte de
bibliothèque du Docteur ayant sa photo ! Du reste,
les dix précédents Docteurs font un court passage
à la fin de l'épisode d'ouverture, comme pour
signaler que tout va changer, certes, mais que
Moffat reste fidèle à la saga.
Et puis il y a les monstres. Là pour le coup,
Moffat n'a pas fait table rase du passé, puisqu'il
ramène non seulement les Anges Pleureurs, qu'il
avait créés pour l'épisode
Blink (S3E10),
mais aussi les Daleks, dans une nouvelle livrée
multicolore façon Benetton, ou encore les
Silurians lors d'une aventure bipartite qui fait
écho à
Doctor Who
and the Silurians (S7E2 de la série
classique).
Quant à la dernière histoire, elle ramène sur le
devant de la scène la plupart des monstres de la
saga (y compris les Weevils qui sont plutôt liés à
Torchwood), des Cybermen aux Nestenes, en passant
par les Sontarans, les Judoon ou les Sycorax. Et
avec eux reviennent aussi les personnages
marquants de cette saison : Vincent van Gogh,
Winston Churchill, River Song ou la reine Lizzy,
notamment ! Le Docteur utilise même le bracelet
manipulateur de temps de Jack Harkness !
Pourquoi autant de monde ? Pour assister à
l'ouverture (ou la prévenir) de la Pandorica,
annoncée dès le premier épisode par le Prisonnier
Zero et évoquée également par River Song. Les
créatures de tout l'univers se sont rendues à
l'évidence : le Docteur est une menace pour
l'équilibre spatio-temporel, et il faut
l'enfermer. C'est le point final d'une saison
durant laquelle le héros aura été présenté,
souvent, comme un danger plus que comme une
solution. Mais la Pandorica n'est pas le principal
fil rouge de la série 5.
Ce sont les failles dimensionnelles qui ont cet
honneur. Il y en a une dans la chambre de la jeune
Amelia, une sur la carapace de la tortue
galactique, une dans le bunker de Churchill, une
dans le vaisseau spatial où les Anges attaques le
Docteur, une dans l'antre des Siluriens et même
une dans l'appart de Craig, le timide colocataire
du Doc (dans l'amusant épisode
The Lodger, où
on découvre que le héros est un champion de foot
qui s'ignore, et qu'il peut faire de la télépathie
en accéléré au moyen d'un bon coup de boule !). Il
y en a même une sur le calendrier du TARDIS, et
les vampires de Venise avouent qu'ils ont fui leur
planète, Saturnyne, parce qu'elle était pleine de
failles.
Si on ajoute à toutes ces occurrences le fait
qu'Amy ne se souvienne absolument pas que les
planètes aient été déplacées (dans
The Stolen Earth
(S4E12)), on comprend que l'espace-temps est en
train de se désagréger, et cela conduit à un
ultime épisode complètement bordélique, qui
commence par le premier, se poursuit par une
improbable chasse au trésor façon Indiana Jones
(mais à travers le temps) et se termine sur un
non-évènement, puisque tout est bien qui finit
bien. Et contentez-vous de ça en guise
d'explications.
Un final un peu décevant, donc, mais le reste de
la saison est pétri de qualités. Pêle-mêle, on
pourra s'attarder sur les dogfights à la Star Wars
dans
Victory of
the Daleks, sur le jeu entre réalité et
rêve ou sur le charmant petit village anglais qui
sert de cadre à
Amy's Choice, sur le décor un peu
plus glauque mais tout aussi typique de
The Hungry
Earth, ainsi que sur son message de
tolérance certes classique, mais jamais inutile,
ou encore sur le toujours aussi impressionnant
cercle mégalithique de Stonehenge au début de
The Pandorica
Opens.
Signalons aussi deux épisodes délocalisés, tous
deux à Trogir. Cette petite ville de Croatie joue
les Venise (même si les prises de vue des canaux
sont authentiques) pour le sixième épisodes, et
les Saint-Rémy de Provence dans le dixième.
Problème : l'église peinte par l'artiste, et qui
est à l'origine de l'intrigue de cet épisode, est
celle d'Auvers sur Oise, où il a fini sa vie,
tandis que la terrasse du café est celle d'Arles.
Une incohérence qui ne gâche pas le visionnage,
mais de toute façon, cet épisode est une plaie à
cause du surjeu permanent de ses acteurs, et en
particulier d'un van Gogh assez pénible. Quant à
The Vampires of
Venice, ce sont les effets spéciaux qui le
rendent décevant.
Mais de manière globale, cette saison du renouveau
n'est pas trop mauvaise. Pour une fois, je n'ai
pas racheté le coffret VO puisque j'avais déjà la
VF, et d'après mes renseignements, l'original ne
comporte pas plus de bonus. En l'occurence, il
s'agit des petits docs de la série Confidential,
qui sont soit hors-sujet (la visite de Karen
Gillian, l’interprète d'Amy, à l'observatoire
britannique, où la séquence de foot commentée
comme un vrai match), soit auto-promotionnels à en
donner la nausée. Bref, le coffret français
suffit, d'autant qu'il embarque bien heureusement
les pistes originales.